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La qualité de vie devant celle du travail ? L’injonction au bien-être dans les établissements scolaires
Auteur(s)
Breithaupt, Sandrine  
Centre d'accompagnement des directions et responsables d'établissement scolaire (Cadres)  
Progin, Laetitia  
Centre d'accompagnement des directions et responsables d'établissement scolaire (Cadres)  
Type
Communication orale
Date de publication
2026
Langue de la référence
Français
Entité HEP
Centre d'accompagnement des directions et responsables d'établissement scolaire (Cadres)  
Résumé
Le discours sur le bien-être devient omniprésent au sein des organisations. Le milieu scolaire n’échappe pas à cette tendance, souvent interrogée – voire critiquée – pour son caractère idéologique (Meirieu, 2025 ; Prot, 2025). Sans contester la légitimité d’une attention portée à la santé des professionnels, nous interrogeons les effets des injonctions qui tendent à réduire la qualité du travail à ses manifestations émotionnelles.
Dans les établissements scolaires comme dans d’autres espaces professionnels, la qualité est omniprésente. Elle structure les politiques éducatives, les dispositifs d’évaluation et les démarches de développement professionnel. A ce propos une tendance se dessine, de manière diffuse mais de plus en plus visible : ce qui est évalué n’est plus tant la qualité du travail lui-même – ses exigences, ses dilemmes, ses régulations concrètes – que la qualité de vie au travail, entendue dans ses dimensions émotionnelles, relationnelles ou psychologiques.
Ce glissement, qui n’est ni uniforme ni généralisé, n’en produit pas moins des effets. Il tend à redéfinir ce qui est jugé « bon », « épanouissant », « motivant » dans le métier d’enseignant·e : le critère implicite devient la capacité à se montrer aligné, serein, bienveillant, disponible – même dans des contextes où les contraintes organisationnelles, les tensions professionnelles et les zones d’incertitude n’ont pas disparu. Le bien-être – celui des élèves et du corps enseignant – devient alors une norme insidieuse, parfois une injonction, portée par des dispositifs au cœur des évaluations professionnelles et des formations.
Ces dispositifs, qui prennent la forme d’indicateurs de climat scolaire, de baromètres de satisfaction ou de formations à la gestion des émotions, traduisent un changement de focale : on agit moins sur le travail réel et ses éventuels conflits socio-cognitifs que sur ses effets affectivement et positivement espérés. Comme l’a montré Dejours (1993), ou plus récemment l’équipe d’Yves Clot (2024), cette approche évacue le conflit sur la qualité du travail, pourtant essentiel à sa transformation. Elle individualise le mal-être et en fait une question d’adaptation psychologique, au lieu de permettre aux collectifs de travailler sur les empêchements, les arbitrages et les dilemmes structurant toute activité professionnelle.
Dans le même mouvement, les appels à la participation – fréquemment convoquées dans les politiques de bien-être au travail – risquent de se transformer en fausses promesses, si les espaces participatifs ne permettent pas d’avoir un impact réel sur le travail et ses finalités. Comme l’a analysé Carrel (2017), l’injonction participative peut devenir un instrument de communication descendante, où les professionnels ne sont consultés qu’après coup. Les acteurs « ne sont pas dupes » : ils perçoivent rapidement le décalage entre le discours d’ouverture et la réalité des rapports de pouvoir. Ne pas le nommer, c’est prendre le risque du désenchantement ou du désengagement (Lepage, 1996).
Or, certaines approches, notamment influencées par la psychologie positive ou les courants du développement personnel, tendent à neutraliser ces tensions en valorisant la résilience, la bienveillance, la motivation intrinsèque – sans toujours interroger les logiques structurelles ou les effets des prescriptions organisationnelles. Ces discours, qui se veulent réparateurs, peuvent finir par culpabiliser les professionnels, en faisant d’eux et d’elles les uniques responsables de leur ajustement aux normes en vigueur (Vandevelde-Rougale, 2021).
Dans ce contexte, il devient difficile d’aborder la qualité sans réinscrire le travail au centre de la réflexion. Ce que l’on nomme « qualité » n’est jamais univoque, ni neutre : elle est toujours située, disputée, négociée dans les pratiques professionnelles elles-mêmes. Loin d’une conception homogène ou instrumentale de la qualité, nous faisons le pari d’une approche plurielle, ancrée dans le réel de l’activité et attentive aux conditions dans lesquelles elle s’exerce. Le travail que nous qualifions de « réel » ne s’oppose pas au bien-être : il intègre des composantes affectives, cognitives et sociales, qui participent à la fois des tensions et de l’engagement professionnel. Il ne se laisse donc pas entièrement saisir par les seuls indicateurs émotionnels.
Notre étude s’inscrit dans une approche qualitative, menée dans le cadre d’une recherche ethnographique soutenue par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS), dans des établissements de la scolarité obligatoire des cantons de Vaud (Suisse francophone) et d’Argovie (Suisse germanophone) (Auteur, 2020). Nous portons notre attention sur les manières dont les professionnels – enseignant·e·s, directions, membres des équipes éducatives – parlent de leur travail, s’ajustent à ses contraintes, résistent ou adhèrent aux dispositifs, et surtout : comment ils et elles donnent sens à leur activité.
Elle mobilise plusieurs matériaux empiriques : observations de terrain, entretiens compréhensifs, analyse de documents produits par les établissements et les autorités cantonales. Le temps passé dans les écoles (quatre semaines environ par site) a permis une immersion progressive, afin de mieux comprendre les interactions ordinaires entre les professionnels, leurs arbitrages, leurs zones d’accord ou de dissensus.
Pour ce symposium, nous questionnons une tendance émergente dans les établissements : de plus en plus, ce ne sont plus les conditions ni la qualité du travail réel qui sont évaluées, mais ses effets supposés sur les individus – comme le bien-être, la satisfaction ou le stress.
Nous faisons l’hypothèse que ce type d’évaluation risque de produire une double invisibilisation : d’un côté, le travail empêché – c’est-à-dire ce que les professionnels ne peuvent pas faire malgré leur engagement ; de l’autre, les rapports de pouvoir qui influencent leur marge de manœuvre.
Notre proposition vise à réinterroger nos données non pas en termes de mesure d’un phénomène, mais à partir de ce qui se fait, de ce qui ne se fait pas, et de ce qui se dit de ce qui se fait ou non en matière de qualité de vie au travail. Il s’agit de décrire les tensions, les déplacements, les formes d’ambivalence – et parfois d’épuisement – qui traversent les pratiques éducatives contemporaines, en mettant en lumière les effets d’un cadrage qui déplace l’attention du travail réel vers ses effets supposés sur les individus. Nos analyses mettent en évidence une tension croissante entre les discours sur la santé au travail et les conditions réelles d’exercice du métier – avec, en arrière-plan, le risque d’un affaiblissement du lien entre organisation du travail et finalité scolaire : faire apprendre tous les élèves.
Public(s) cible(s)
Chercheurs
Nom de la manifestation
Symposium intitulé "Entre qualité à prouver et qualité éprouvée : comment le travail enseignant s’apprécie-t-il effectivement ?", organisé par Aline Andrey, Laetitia Progin et Olivier Maulini - 37ème colloque de l’ADMEE-Europe
Date(s) de la manifestation
7-9 janvier 2026
Organisateur(s) de la manifestation
HEP BEJUNE
Ville de la manifestation
Bienne
Pays de la manifestation
Suisse
Portée de la manifestation
internationale
Participation sur invitation
Handle
https://hdl.handle.net/20.500.12162/15586
https://hdl.handle.net/20.500.12162/15586
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